vol 1 no 10 - 29 mai 2008

Bulletin Totalement tourisme!

Hausse du prix de l'essence

Quel en est l'effet sur l'activité touristique?

Les hausses soutenues du prix du pétrole continuent d'attirer l'attention des observateurs et des commentateurs de l'industrie touristique. La Direction de la recherche et de la prospective du ministère du Tourisme a jugé opportun de relever, à partir des études et des recherches récemment publiées, les éléments qui sont les plus susceptibles d'alimenter la réflexion.

Les récentes études tendent à démontrer que la forte hausse du prix de l'essence explique :

  • en partie le recul des intentions de voyage des Canadiens et les incertitudes des Américains au regard de leurs vacances en 2008;
  • des changements dans les habitudes de voyage des Américains. En fait, la pression accrue qu'elle exerce sur la situation financière des ménages amène un nombre croissant de ces derniers à voyager plus près de chez eux et à réduire leurs dépenses de consommation à court terme. Certains observateurs estiment que le prix de vente au détail de l'essence pourrait atteindre 4 $ US le gallon américain au cours de l'été.

On doit s'attendre à ce que la hausse du prix de l'essence fragilise davantage le marché américain qui doit déjà composer avec un ralentissement économique important. Également, on s'attend à ce que le volume de voyages avec nuitées en automobile, qui représentent 55 % des voyages, soit particulièrement touché. Ce type de voyage est en baisse constante depuis 2002 au Québec.

Le prix de l'essence est apparu, avec la température, la concurrence étrangère et le taux de change, comme un des principaux obstacles au voyage pour les Américains, selon une étude de la Commission canadienne du tourisme publiée en février 2006.

La hausse des prix de l'essence devrait avoir moins d'effets sur le marché intérieur, soit le Canada et le Québec, selon le Conference Board du Canada. Elle contribuera, tout au plus, à un ralentissement de son taux de croissance.

Des exemples

Voici quelques exemples qui permettent de mieux comprendre les effets à court terme de la hausse du prix de l'essence sur le budget de vacances des Québécois.

En s'appuyant sur le prix moyen de l'essence pour l'ensemble des régions du Québec de la Régie de l'énergie du Québec et en se basant sur une consommation moyenne de 13 l pour 100 km :

  • si le prix de l'essence à la pompe atteint 1,50 $/l cet été, un voyage nécessitant un déplacement de 2000 kilomètres devrait coûter environ 120,38 $ de plus qu'à l'été 2007. On doit se rappeler que le prix moyen pour l'ensemble des régions administratives s'élevait à 1,04 $/l en août 2007.
  • Un aller-retour Montréal-New York devrait, pour sa part, coûter 75,24 $ de plus.
  • Le tour de la Gaspésie (885 km) devrait entraîner des dépenses additionnelles de 53,27 $.
  • Les coûts additionnels devraient s'élever à 36,11 $ pour un tour de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean (600 km).

C'est plutôt à moyen terme que les effets de la hausse du prix du pétrole risquent de perturber la vitalité de l'industrie touristique. En se maintenant à un niveau élevé tout au long de l'année, comme le laissent entendre certains analystes (plus de 120 $ US le baril), le prix du pétrole aura nécessairement des effets sur le budget des ménages québécois et canadiens, comme cela s'est produit aux États-Unis. Il devrait diminuer sensiblement leur revenu disponible, accroître l'importance relative des dépenses de transport et de chauffage puis entraîner une réaffectation des autres postes de dépenses tels que les voyages.

On peut aussi prévoir que le maintien du cours du pétrole à un niveau élevé générera une hausse des prix des voyages, notamment puisque l'essence représente en moyenne 14 % des frais d'exploitation d'une compagnie aérienne. Le coût des voyages risque donc d'augmenter également pour les touristes qui voyagent en avion.

Le prix du pétrole pourrait aussi avoir des effets sur la demande d'hébergement, comme le démontre une étude du Center for Hospitality Research de l'Université Cornell (New York). Les chercheurs de cette institution ont démontré qu'une hausse de 1 % du prix du pétrole entraînait une baisse de 1,74 % de la demande d'hébergement et que ces effets étaient beaucoup plus marqués dans les lieux d'hébergement économique ou de moyenne gamme. Ces conclusions renseignent, selon nous, sur le fait que les voyageurs à faibles et moyens revenus seront davantage touchés par la hausse du prix de l'essence.